Celle dont le coeur est rescussité par l'Amour ne mourra jamais...
A tous ceux qui connaissaient maman je vous demande d'écrire 2 mots pour la décrire , dire ce que vous pensiez d'elle ...
Merci.
Celle dont le coeur est rescussité par l'Amour ne mourra jamais...
A tous ceux qui connaissaient maman je vous demande d'écrire 2 mots pour la décrire , dire ce que vous pensiez d'elle ...
Merci.
On entend
qu'avec le temps
La douleur s'estompe
Mais les gens se trompent
Le temps n'y fait rien
Quand c'est la fin
On entend
Que la vie continue
que rien n'est perdu
Mais au final on ne veut pas que la peine s'atténue
On veut vivre avec nos souvenirs même si cela fait mal
Pour lutter contre l'oubli et l'indifférence de ce monde si pâle...
A toi maman
en me promenant
dans les montagnes
en me rapprochant des sommets
et des cieux
j'avais l'impression de me rapprocher de toi et ressentir ta présence..
Je t'aime
Quelques semaines après que nous ayons emménagé mon père fut arrêté , interrogé par la police , il ne pu être libéré que grâce à un ami de ma mère , travaillant à la Cour d'Appel de Nancy et assez influant pour détourner l'attention des allemands. Cependant la police savait que mon père était juif , car on obligeait les hommes à baisser leur pantalon pour observer s'ils étaient circoncis ou pas...Circoncis quand il était nourrisson , mon père ne pouvait mentir aux allemands et la seule solution qui restait afin d'être en sécurité , c' était de partir vers la zone libre , car avant la mise en place de la Solution , les juifs pouvaient encore espérer s'en sortir en passant en Zone libre.
Ainsi un matin mon père nous réveilla très tôt , avant même de déjeuner ou de nous laver , il nous fit asseoir sur le bord de notre lit et nous expliqua :
« Les enfants , toi ma petite Barbara qui ne comprend pas ce qui se passe , il va falloir être courageuse . Notre vie a changé depuis quelque temps déjà , nous vivons ici , mais la situation est compliquée et nous devons partir pour ne plus avoir peur des « méchants » ... Mon père transformait notre départ en un jeu ... Puis il nous demanda de prendre notre valise de cuir de faire le tour de l 'appartement et d'emporter ce que l'on voulait pourvu que cela tienne dans la valise. Moi j' avais 5 ans et je me souviens d'avoir pris ma petite valise d'y avoir mis une poupée , des vêtements trop petits , un petit livre d'image... Jamais je n'aurai imaginé que ce serait les seuls souvenirs qui me resteraient... Ma mère m'a raconté plus tard ce qu'elle avait ressenti ce jour là, le fait de devoir tout quitter , sa vie , sa famille , ses amis...Faire le tour de sa chambre , frôler les meubles , respirer du linge fraîchement lavé mai qu'on ne pourra emmener. Elle avait du choisir entre ses robes , ses photos, ses tableaux ,sa vaisselle.... Comment savoir à quoi on tient le plus , qu'est ce qui nous représente le plus... Mon père lui avait emporté une Bible, quelques livres , un carnet où il écrivait , un tableau qu'il avait peint , une montre , et quelques vêtements... On était tous déchirés de devoir laisser notre vie , notre passé , mais au final ce départ c'était le seul moyen de rester vivant et au fond de nous on le savait.
Ma mère pensa tout de suite à mon père , ses demi-frères étaient des « Cohen », sa mère brune aux yeux bleus était juive italienne une femme belle , mais qui voulait être libre , plus amante que mère et son père un juif belge , orfèvre à Strasbourg marié à une femme plus vieille que lui.. Mon père est le fruit d'une passion intense mais destructrice , car ma grand mère aussitôt enceinte de mon père a disparu , à donner naissance à mon père et l'a abandonné...Et mon grand-père est devenu fou au sens premier du terme. La fuite de ma grand mère fut le début d'une longue descente aux enfers pour mon grand-père , la folie s'empara de lui et ne le quitta plus. Tout cela pour dire que mon père malgré son nom francisé , son métier , sa femme était bien un juif circoncis , empreint de religiosité et qui n'avait pas envie de se cacher... Ses origines sont comme un trésor , enfant abandonné , il a mis beaucoup de temps et d'énergie à faire des recherches , à collecter des informations, à retrouver ses frères , sa mère .Et il faudrait qu'il renie tout cela...
Perdue dans ses pensées ma mère sursauta lorsque le policier français lui demanda :
- « Où est votre mari ? »
- « Mais pourquoi me demandes tu cela Henri » dit elle . Elle connaissait bien Henri depuis l'enfance et elle ne comprenait pas pourquoi cette question alors qu'il connaissait le lieu de travail , les habitudes de mon père et de la famille.
Aprés la signature de l'armistice le 2 juin 1940 , l'administration française de la zone occupée passa sous tutelle allemande, toute une organisation de répression des opposants politiques ,des communistes et même des juifs se mit en place , les policiers français collaboraient avec les allemands , avec la Gestapo , par peur , par intérêt ou alors par idéologie. Henri c' était la crainte
qui le poussait à agir ainsi , à suivre les allemands , à les informer...Mais il n'était pas méchant au fond. Au moment de l'ouverture du camp de Ecouvres prés de Nançy en 1941 où fut internés des juifs et des communistes , il sauva et cacha un juif évadé de la prison Charles III de Nacçy lors d'un transfert vers le camp d'Ecouvres... Les choix que l'on devait faire à cette époque était déterminant, mais souvent difficiles à départager, et surtout il fallait les assumer...Henri a peu être sauvé ce juif pour se racheter de ce qui arriva cette après midi là...
Pendant que l'officier allemand interrogeait ma mère , mon oncle s'était approcher pour écouter lorsque tout d'un coup alors qu'un sous officier se servait dans les placards, Albert rentra brusquement , criant « Sortez , bandes de scélérats » saisissant sa carabine . Le sous officier tira sur lui sans réfléchir comme par automatisme. Mon oncle gravement touché mourut dans les minutes qui suivirent... Et la famille n'eut même pas le temps de pleurer , qu'on nous accusa de protéger des opposants politiques, d'être contre le régime nazi, et même d'être juif! Henri pleurait et ne savait pas quoi dire pour consoler ma tante qui pleurait sans s' arrêter pendant que l'officier allemand se pressait de sortir de la maison.
A partir de ce jour, mes parents , mes frères et moi nous avions décidé de quitter la maison familiale et de partir habiter dans un petit appartement prés de l'église des Cordeliers dans le centre de Nancy. Alors l'après midi, avec Rebecca , on se cachait dans cet église restaurée depuis ma naissance et confiée aux Musées Lorrains. Il y a peu de temps je suis retournée dans cet église et tous ses souvenirs si anciens soient ils me sont revenus...En me promenant dans la nef admirant ces travées voûtées ornées de liernes et tiercerons , retombant sur des pilastres moulurés, des larmes coulaient sur mes joues...
I/ LE BLANC INNOCENT
Elle n'a vécu que quelques années , c' était une jolie petite fille blonde avec de grands yeux bleus et un visage d'ange... Il ne subsiste que deux photographies où on peut l'apercevoir
avec mes grands frères et ma mère.
Je suis née un an jour pour jour, après qu'elle soit partie au ciel , mes parents ont donc interprété ma venue comme un cadeau de Dieu... Et j'ai grandi en voyant dans leurs yeux le souvenir de cette petite fille qui leur manquait tant. Alors je me suis promise vers mes six ou sept ans que je n'apporterais à mes parents que du bonheur et de la joie.
1937 fut l'année de ma naissance comme celle de Lionel Jospin, ou encore de Francis Veber , ou même de Dustin Hoffman, de Robert Redford ou d 'Anthony Hopkins, on pourrait en conclure rapidement que c'est une bonne année , mais l'avenir du monde commençait à s'assombrir , le Front Populaire prenait fin en juin 1937 , le fascisme se propageait et le célèbre souvenir de Guernica immortalisé par Picasso s'inscrivait dans l'histoire...
Les premiers souvenirs qui me reviennent , j'avais deux ou trois ans , la guerre venait d'éclater, on vivait avec mes parents à Nancy . Tout se bousculait , je me rappelle de la panique générée par l'armistice signée le 22 juin 1940. Nancy se trouvait en zone occupée et cela allait chercher notre vie ...A partir de mai 1940 beaucoup de nos voisins ont fui cherchant refuge ailleurs laissant aux occupants allemands les souvenirs de toute une vie pour sauver la leur...
Nous on a attendu , la famille de ma mère était aisée, mes premiers années furent assez douces , on ne manquait de rien , la vie n'était que jeu , tendresse et découverte... J'ai le souvenir que peu de temps avant qu'on décide de partir mes seules préoccupations étaient d'embêter ma cousine , de la surveiller et de tout répéter!!! Un jour le médecin de famille est venu pour mon père , puis ma cousine l'a raccompagné et je me suis cachée , le médecin a emmené ma cousine dans la grange à coté du moulin et il a soulevé la robe de ma cousine, je ne voyais pas tout et à trois ans je ne comprenais pas , mais j'ai entendu ma cousine « réagir » , alors avec mes propres mots j'ai demandé:
- « Que faites vous?, Rebecca a mal quelque part ? »
Le médecin avec un petit air coquin m'a répondu tout en saisissant une branche de persil cueilli peu de temps avant « Rebecca ne se sentait pas bien , je lui prenais sa fièvre avec la branche de persil... »
Dans ma petite tête ni une ni deux , je courus voir ma mère et ma tante tout en criant « Venez Rebecca est mal le médecin prend sa fièvre avec du persil dans la grange....!!! » Soudain ma tante bondit , courut à la grange , moi je m'attendais à ce qu'elle prenne soin de Rébecca , mais elle la saisit par le bras et lui dit « Ma fille tu es une vraie calamité , comment trouver à te marier si tout le monde sait que tu es une fille facile... » Et là « jouer au docteur » pris un autre sens pour moi...!!!
Je ne comprenais pas , ma cousine ne me parla pas pendant des jours , me reprochant de fouiner partout et d'avoir une grande langue... « Tu comprendras plus tard, ma petite Barbara... Allez viens en va voir René travaillait dans son atelier ».
René c' était mon père , il était cordonnier et avec Rebecca ont aimé bien le regarder fabriquer de ses mains de charmante petite chaussure à partir d'un morceau de cuir et d'une semelle... Mon père n'a pas eu mon enfance , né de parents juifs italiens et belges , il fut abandonné par sa mère , il eu une très bonne éducation chez les frères dominicains , mais il lui a toujours manqué l'amour et la chaleur d'une famille...Beau garçon , ma mère le repéra un jour à Nançy , lorsqu'avec ses frères elle se baladait cherchant une nouvelle petite robe ou des chaussures , elle rentra dans la l'échoppe où il était en train de travailler , elle le regarda longtemps, le salua , puis sorti sans rien n'acheter , mais en priant ses frères de bien vouloir aller voir ce jeune homme et le convier à souper avec eux le vendredi soir... Surpris mon père refusa au début et là , un de mes oncles lui dit , « Tu sais quand ma soeur veut « quelque chose » , elle l'obtient toujours , tu lui plais , alors viens »...
Mon père accepta et le vendredi , ils dînèrent tous ensemble, mon père était intimidé , mais ma mère avait eu ce qu'on appelle « un coup de foudre » et ne comptait pas le laisser s'échapper. Ils se virent plusieurs fois , au début en présence de mes oncles , puis seuls , et peu a peu une complicité , une tendresse profonde naquirent... D'ailleurs j'ai toujours dans les yeux de maman cette complicité doublée de passion et dans ceux de mon père , la tendresse et la raison...
Puis ils se marièrent , eurent mes grands frères et moi ... Bien qu'aisé par le biais de la famille de ma mère , mon père voulut continuer de travailler le cuir, il était réputé à Nancy , beaucoup de femmes riches aimaient se faire faire des chaussures sur mesure. Et c'est comme ça que moi et
Rebecca ont passé des heures entières avec lui dans sa boutique. Il nous racontait les bêtises qu'il faisait au pensionnat , son service militaire , sa rencontre avec maman , les souvenirs de sa mère , et son attachement à la culture juive et sa soif de spiritualité... Mon père voulait tout comprendre , il lisait beaucoup , se passionnait pour la religion, la politique ...Manuel et intellectuel , il était admiré de ma mère , de mes tantes , et même de ses clientes..Ce qui agaçait ma mère par dessus tout...
Cependant les choses futiles de la vie comme la jalousie ou la fidélité allaient passer au second plan le jour où un des frères de ma mère fut abattu par des allemands . Une après midi , ma mère était seule avec ma tante et mon oncle était dans la grange quand des officiers allemands accompagnés de policiers français surgirent dans la cuisine les pressant de leur révéler le nom de certains opposants politiques résidant dans notre quartier , précisant qu'ils détenaient certaines informations sur nous...
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