suite 2

Publié le par aline27

 

Ma mère pensa tout de suite à mon père , ses demi-frères étaient des « Cohen », sa mère brune aux yeux bleus était juive italienne une femme belle , mais qui voulait être libre , plus amante que mère et son père un juif belge , orfèvre à Strasbourg marié à une femme plus vieille que lui.. Mon père est le fruit d'une passion intense mais destructrice , car ma grand mère aussitôt enceinte de mon père a disparu , à donner naissance à mon père et l'a abandonné...Et mon grand-père est devenu fou au sens premier du terme. La fuite de ma grand mère fut le début d'une longue descente aux enfers pour mon grand-père , la folie s'empara de lui et ne le quitta plus. Tout cela pour dire que mon père malgré son nom francisé , son métier , sa femme était bien un juif circoncis , empreint de religiosité et qui n'avait pas envie de se cacher... Ses origines sont comme un trésor , enfant abandonné , il a mis beaucoup de temps et d'énergie à faire des recherches , à collecter des informations, à retrouver ses frères , sa mère .Et il faudrait qu'il renie tout cela...

Perdue dans ses pensées ma mère sursauta lorsque le policier français lui demanda :

-  « Où est votre mari ? »

-  « Mais pourquoi me demandes tu cela Henri » dit elle . Elle connaissait bien Henri depuis l'enfance et elle ne comprenait pas pourquoi cette question alors qu'il connaissait le lieu de travail , les habitudes de mon père et de la famille.

Aprés la signature de l'armistice le 2 juin 1940 , l'administration française de la zone occupée passa sous tutelle allemande, toute une organisation de répression des opposants politiques ,des communistes et même des juifs se mit en place , les policiers français collaboraient avec les allemands , avec la Gestapo , par peur , par intérêt ou alors par idéologie. Henri c' était la crainte

qui le poussait à agir ainsi , à suivre les allemands , à les informer...Mais il n'était pas méchant au fond. Au moment de l'ouverture du camp de Ecouvres prés de Nançy en 1941 où fut internés des juifs et des communistes , il sauva et cacha un juif évadé de la prison Charles III de Nacçy lors d'un transfert vers le camp d'Ecouvres... Les choix que l'on devait faire à cette époque était déterminant, mais souvent difficiles à départager, et surtout il fallait les assumer...Henri a peu être sauvé ce juif pour se racheter de ce qui arriva cette après midi là...

Pendant que l'officier allemand interrogeait ma mère , mon oncle s'était approcher pour écouter lorsque tout d'un coup alors qu'un sous officier se servait dans les placards, Albert rentra brusquement , criant « Sortez , bandes de scélérats » saisissant sa carabine . Le sous officier tira sur lui sans réfléchir comme par automatisme. Mon oncle gravement touché mourut dans les minutes qui suivirent... Et la famille n'eut même pas le temps de pleurer , qu'on nous accusa de protéger des opposants politiques, d'être contre le régime nazi, et même d'être juif! Henri pleurait et ne savait pas quoi dire pour consoler ma tante qui pleurait sans s' arrêter pendant que l'officier allemand se pressait de sortir de la maison.

A partir de ce jour, mes parents , mes frères et moi nous avions décidé de quitter la maison familiale et de partir habiter dans un petit appartement prés de l'église des Cordeliers dans le centre de Nancy. Alors l'après midi, avec Rebecca , on se cachait dans cet église restaurée depuis ma naissance et confiée aux Musées Lorrains. Il y a peu de temps je suis retournée dans cet église et tous ses souvenirs si anciens soient ils me sont revenus...En me promenant dans la nef admirant ces travées voûtées ornées de liernes et tiercerons , retombant sur des pilastres moulurés, des larmes coulaient sur mes joues...

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